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Tu existes trop [Défi][RP solo]

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Sujet: Tu existes trop [Défi][RP solo]
Mer 1 Mar - 19:19


Tu existes trop
Samedi 29 septembre 2018 - La Tête de Sanglier

Effy VS Alan Rees


Elle se tenait stupidement, la main tendue vers l'avant, prête à actionner la poignée de la porte pour rentrer. Main qui retomba mollement le long de son corps. Avant de se redresser vers l'avant. Echec, encore. Elle était ridicule. Les passants la regardaient déjà comme une débile, à ne pas savoir ouvrir une porte. Une simple porte. Mais non, pas une simple porte. C'était comme si elle se tenait au bord d'une frontière intangible, d'un goufre invisible prêt à l'avaler et à l'entraîner dans les affres d'un désespoir profond. Une ligne imaginaire qui, si elle la franchissait, pouvait tout faire basculer. Effy ferma ses yeux d'un bleu translucide un court instant. Elle ne voyait pas l'intérieur à travers les vitres sales de l'établissement, mais elle pouvait déjà imaginer la grande silhouette nonchalamment attablée dans un coin, à l'abri des regards indiscrets. En parlant de regards indiscrets... Elle se félicita pour avoir choisi l'établissement. Certes, moins de monde ne voulait pas forcément dire plus de discrétion – de toute façon elle était incapable de la moindre discrétion – mais l'aspect miteux de la taverne tenait à l'écart un grand nombre d'élèves de Poudlard. Suffisamment pour qu'elle en ait fait leur lieu de rendez-vous.
A elle et son père. Merlin, quelle connerie.

Tout avait commencé pendant les vacances d'été, totalement par hasard. A Llanelli, petite ville côtière qui l'avait vue grandir, la vie était bien trop paisible pour une jeune sorcière hyperactive. Même la perspective de la Coupe du Monde n'arrivait pas à la persuader de rester en place au moins un mois. Alors les balades nocturnes avaient repris leur cours, bientôt suivies d'escapades en dehors de la ville. Ce jour-là, Effy avait réussi à convaincre sa mère de la laisser faire l'aller-retour à Camarthen dans la journée. Certes, il y avait le bus, moyen de déplacement moldu hautement méprisable. A bicyclette, elle n'en avait que pour une vingtaine de kilomètres, ce qui était loin de la décourager. La capitale du comté Gallois avait bien trop de trésors à lui offrir, entre ses paysages et les éléments de légende celtiques, pour qu'elle ne saute pas sur la moindre occasion de s'y rendre. Alors elle était partie. Si seulement elle avait su.
Elle était arrivée en nage, un peu fatiguée et mourrant de chaud sous un soleil inhabituel pour la région. Mais n'avait pas tardé à se reprendre pour profiter de sa petite promenade en solitaire. Et là. A une dizaine de mètres d'elle, à peine, au beau milieu de la foule bigarrée... Lui. Son père. Elle n'en avait pas cru ses yeux, mais il fallait une sacrée coïncidence pour qu'un homme de la même stature présente toujours ce même air strict et distant, ce teint un peu basané, ce visage anguleux aux traits en lame de couteau. Et ce regard. Du même bleu saisissant que le sien. Son jumeau, si seulement il pouvait avoir cette même étincelle de malice. Effy n'avait eu que le temps de se jeter un recoin ombré de la ruelle pour qu'ils ne se croisent pas. Mais le mal était fait. Lentement elle s'était laissée glisser au sol, comme si ses jambes ankylosées n'étaient plus capables d'autre chose. La boule d'angoisse s'était reformée dans son ventre, glaçante, glaciale. Si physiquement présente qu'elle dut plaquer ses mains contre son abdomen, pour juguler une douleur qui n'était que mentale. Elle ne savait pas ce qui lui faisait le plus mal entre revoir cet homme qui lui avait fait tant de mal, se promenant en toute impunité, ou le fait de savoir qu'il résidait dans la ville d'à côté. Ou pire : cette femme qui se pavanait à son bras. Le voyait-elle encore comme un homme bien sous tout rapport ou avait-elle été assez stupide pour accepter un homme si foncièrement méchant ?
Lorsqu'assez de force lui était revenue, Effy n'en était pas restée là. Outre la douleur, le fait de voir resurgir un tel démon du passé n'avait fait qu'attiser le brasier de sa colère. Inextinguible. Il lui fallait des réponses, beaucoup de réponses à des questions qui n'avaient jamais été posées. Alors non, elle n'était pas restée sans rien faire. L'avantage d'être une Gryffondor était qu'elle avait suffisamment d'audace pour se débrouiller. Avec les bonnes questions, la bonne lettre envoyée à la bonne personne (membre de ce côté de la famille qu'on aurait préféré oublier définitivement, mais qui avait encore de rares contacts avec ce père honi), elle avait réussi à en savoir assez sur lui. A partir de là, elle avait hésité longuement. On lui avait toujours dit d'affronter ses peurs. De ne pas rester avec ses démons. Mais que valaient quelques cauchemars contre la terreur qu'elle avait à se retrouver une nouvelle fois confrontée au regard bleu glacé. Ne valait-il pas mieux qu'il reste juste une ombre floue, une ombre du passé qui revenait parfois la hanter ? Non. Elle aurait eu trop de regrets et de questions et de non-dits et de reproches... Elle aurait étouffé. Et elle voulait se donner une chance de combler le vide vertigineux dans sa qui la faisait hurler au réveil, elle voulait que ce cauchemar cesse.
Quitte à exposer son coeur déjà trop plein d'horreur à de nouvelles calamités.
Elle avait passé des heures à relire ces mots qui décrivaient si bien ce qu'il leur avait fait. Pervers narcissique, violence conjugale, violences psychologiques agravées

Alors elle avait joué sur son ego incommensurable, qu'elle avait appris à flatter petite fille déjà. Elle lui avait donné rendez-vous dans une lettre anonyme, le jour de la première sortie à Pré au Lard.

Une lettre anonyme, ridicule ! Aujourd'hui, Effy rirait bien volontiers de sa futilité si cela n'avait pas marché. Car il avait répondu, et sans se douter de quoique ce soit. Alors elle était là, la main stupidement tendue devant elle pour s'emparer de cette poignée de porte et rentrer. Faire le premier pas. Elle n'en avait même pas parlé à ses amis, leur enjoignant d'aller faire leur tour pendant qu'elle "réglait quelque chose d'urgent", et promettant de les rejoindre aux Trois Balais.

Pendant des jours et des jours, elle avait tenté de se convaincre que sa mémoire tronquée d'enfant perdue avait fini par déformer le souvenir de son père, en avait fait quelqu'un de plus détestable qu'il ne l'était réellement, afin de rendre ses psychoses plus légitimes. Elle avait essayé de se convaincre, que non, on ne pouvait pas être sciemment si méchant, tortionnaire, terrifiant, violent... La liste était tellement longue qu'elle ne saurait en dire davantage. Même si au fond d'elle, elle savait. Elle savait que les cris, les vociférations, les insultes étaient trop bien imprimées dans ses souvenirs pour qu'elle les ait inventés. Et alors qu'elle trouvait enfin la force d'ouvrir la porte et d'avancer dans la pièce crûment éclairée par les quelques raies de lumières qui y tombaient, alors que le visage tranquille de son père se tournait vers elle, tous ses doutes s'envolèrent. Il n'avait pas changé.
La petite phrase résonna dans sa tête avec une telle force de certitude dans son esprit qu'elle crut faire demi-tour. Mais trop tard.

-Toi. Constata froidement Alan Rees, son regard glacé perdant un peu de ce qu'il avait encore d'avenant. Pour peu qu'il l'ait été.

Elle ne put répondre. Outre la terreur, la colère faisait rage en elle. Elle s'était jurée, des milliers de fois, de garder son calme, de ne pas lui laisser la moindre chance de l'atteindre. Des jolis mots qui sonnaient bien dans son esprit, qui la confortaient dans son idée. Et qui s'envolèrent lâchement au premier mot de l'autre. Son esprit s'embourbait, patinait. Dans le vide. Là où l'un restait stoïque, figé dans une sorte de tranquillité affectée, l'autre se mortifiait de seconde en seconde. Jusqu'à ce qu'elle comprenne enfin.

Il l'avait reconnue au premier coup d'oeil, n'avait jamais oublié. Mais sa réaction, de surprise mélangée à de l'indignation lui prouvait une chose : il n'avait jamais pensé que quelqu'un pourrait un jour lui demander des comptes. Surtout pas sa propre fille. Il les avait gommées, sa mère sa soeur et elle, de sa vie et il comptait vivre en toute quiétude après tout ça ? Triste constat qui sortit Effy de sa torpeur muette. Et qui la rendit furieuse. Là où elle voulait s'avancer tranquillement, s'assoir face à lui, elle traversa la salle en de grandes enjambées et alla se planter devant lui, dédaignant avec superbe la chaise, s'apprêtant à cracher son venin. Mais Alan, qui l'observait depuis le début ne put se contenir plus longtemps. C'était marrant de retrouver ce petit bout de femme aux traits tordus par la colère en face de lui, là où il n'avait laissé qu'une gamine accrochée au portail alors qu'il lui tournait le dos. C'était marrant de se reconnaître autant en sa fille. Elle pensait qu'il était resté le même, qu'il n'avait pas changé. Comme elle se fourfoyait ! Il avait bel et bien changé, et de la plus belle manière : il avait appris le contrôle. Il ne criait plus, mais sa langue était plus affûtée que jamais, prête à lancer des mots acides pour frapper, vite et bien.

-Eh bien, ta mère et moi aurions-nous conçu un enfant muet, ou une idiote ? A moins peut-être que tu comptes juste te mette à hurler pour saluer ton père ? Lança -t- il, avec le même sarcasme dont elle savait faire preuve. Mais différemment : plus de morgue, plus de dédain, plus de haine sous-jacente qui aurait hérissé le poil de n'importe qui. Perfidie qui atteint sa cible.

En face de lui, elle bredouillait lamentablement, manqua le coche, crut s'étouffer de rage. Elle voulait se défendre, lui hurler qu'il n'était pas son père et sans doute bien trop d'insanités par la suite. Mais ça bloquait bordel. -J'ai... j'ai pas de père. Réussit-elle à répondre, d'une voix basse, vibrante. De rage, de rancœur, de peur. De tristesse un peu aussi. Mais il fallait juguler, enterrer tout ça.

-Oh vraiment ? Toi, Effy ? Toi tu crois en l'immaculée conception ? Oh pitié, ne fais pas l'imbécile ! Est-ce vraiment une bonne manière d'accueillir son père ?
-Tais toi ! Tais toi tu sais rien, tu sais rien putain ! T'es pas dans ma vie, tu l'as jamais été, tu nous as abandonné ! Et ça te suffit pas ? Qu'est-ce que tu veux de plus ? Sale connard !


Effy s'interrompit, à bout de souffle. Elle était rouge de colère, et se sentait ridicule, gamine de balancer les premières insultes qui lui venaient à son père. Mais elle s'en foutait. C'était jouissif.
Et parfaitement inutile.
Le ricanement qu'il émit en retour la glaça sur place.

-Eh bien, c'est ce qu'on appelle vider son sac. Tu as fini ?

La petite lionne en devenir faillit en choir. Elle venait de lui mettre le nez dans le boxon qu'il avait lui même provoqué et... ça le faisait rire ? Vraiment ? Il ne manifestait rien de plus que ce mépris faussement amusé qu'elle ne lui avait jamais connu. Elle s'était préparé à tout, aux cris, aux insultes, aux coups peut-être, mais pas à ça. Jamais. Elle n'arrivait pas à le croire... Elle s'était tellement persuadée que c'était sa nature profonde, d'être colérique et violent de la sorte, qu'elle en était venue à croire que la part plus sombre lui venait tout droit de lui. Mais elle n'arrivait pas à le re-projeter sur cet individu. Sa bouche s'ouvrit en un cri stupéfait inarticulé, ce qui redoubla l'hilarité glaçante de son géniteur.

-Oh, très drôle, je vois ! Tu t'attendais à ce que je hurle ? Que je redevienne ce monstre n'est-ce pas ? Bien sûr, ça aurait été teeeellement facile que tu retrouves le mauvais père de ton enfance, que tu puisses lui reprocher tout ce que tu voulais et repartir en suite, sans jamais avoir de mes nouvelles ... Comme un mauvais songe que tu aurais fini par combattre, comme c'est spirituel ! Mais non, vois-tu ça ne marche pas vraiment comme ça.
-Ah bon ? Toi tu croyais pouvoir détruire une famille et t'en aller en toute impunité ? Tu croyais qu'il n'y aurait aucune conséquence à tes coups, tes insultes, tes hurlements quotidiens ? Tu sais que chaque jour, chaque putain de jour pendant des années Nina venait pleurer dans mes bras tellement tu la terrifiais, et moi je la serrais tellement fort pour ne pas qu'elle t'entende cogner sur maman ! Alors t'as vraiment cru que rien de tout cela ne te retomberait dessus, jamais ? Mais non, vois-tu ça ne marche pas vraiment comme ça,
conclut Effy, singeant la voix hautaine de son père.

Et il resta silencieux, le regard sombre, fixé sur celle qui un jour avait été son enfant. Mais il n'y avait rien dans ce coeur-là, rien qui puisse lui faire éprouver une simple once de regret. Même face aux conséquences directes de ses actes, même face à toutes ces insultes et reproches. Il hocha pensivement la tête... ça allait durer encore longtemps ? Il n'avait vraiment pas que ça à faire. Mais sa réaction déplut fortement à sa fille, qui n'y vit qu'une nouvelle preuve de son insensibilité. Sa fureur monta encore d'un cran alors qu'elle hurlait :

-Mais ça ne te fait toujours rien ? Mais il te faut quoi bordel ? Il te faut qu'on te fasse la même chose pour que tu te rendes compte de quel monstre t'as été ? Mais non laisse tomber ! T'as jamais été rien d'autre qu'une pourriture, une horreur de géniteur ! Eh quoi, t'as jamais appris que si on veut pas d'enfant y a des moyens pour les éviter ? Ou t'étais déjà trop abruti par ta propre fierté pour écouter ? Il a fallu que tu te passes les nerfs sur ta propre famille pour écouler ta frustration ? Mais t'es pathétique, t'es tellement pathétique tu me donnes envie de vomir ! Tu sais quoi, je préférerai avoir un père MORT plutôt que de t'avoir toi ! Tu me dég...

La fin de sa diatribe n'arriva jamais. Le verre qui venait d'exploser sous la pression du poing d'Alan la fit violemment sursauter, et elle bondit en arrière pour se protéger. Mais cela ne suffisait pas à l'homme. Il se leva d'un bond, mu par la même impulsivité que sa fille, et frappa la table avec une telle violence qu'elle crut qu'il avait voulu la briser. Lorsqu'elle rencontra ce regard, non plus glacé mais brûlant d'une rage affolante, elle se sentit se liquéfier. La voilà enfin, la réaction. Mais ô combien elle regrettait de l'avoir provoquée !

-Je T'INTERDIS de me parler sur ce ton, espèce de sale petite garce, vociféra -t- il, hors de lui. Toi non plus, tu ne sais rien, tu ne sais tellement rien ! Tu crois vraiment que je vous voulais, Nina et toi ? Ce ne sont pas des enfants que ta catin de mère m'a fait dans le dos, mais des entraves ! Parfaitement, des boulets, des petits riens sur mon chemin qui m'empêchaient d'avancer là où je voulais ! T'es fière de toi, Effy ? T'es fière de ce que tu as ruiné ? Mais au fond, t'es comme moi, hein ? Tu ressembles à papa ! Toi non plus t'aimes pas qu'on t'entrave ! Et dis-toi bien, oh oui dis-toi bien ! Que si tu me voulais pas pour père, j'aurais préféré ne jamais avoir de fille, pas de fille comme toi.

Sa voix devenait hystérique, mais Effy si elle s'était reculé d'un air encore horrifié au début, finit par lui faire face d'un air étrangement et parfaitement calme.

-C'est faux. Je ne ferai jamais de mal aux gens que j'aime. A personne.
Lui, il n'avait personne à aimer, personne tout court non plus sans doute. Mais sur ces mots, elle décida de faire définitivement demi-tour, et s'arrêta sur le pas de la porte. -Et j'ai pas de père. Lança -t- elle distinctement avant de s'enfuir à toute jambe.

Plus tard, dans l'intimité d'un recoin isolé d'une ruelle, elle s'écroula. Littéralement. Les jambes coupées, la pleur lui déchirant les entrailles, ses derniers mots lui résonnant cruellement aux oreilles à tel point qu'elle se la prit entre les mains dans l'espoir que ça s'arrête. Il ne faudrait en parler à personne, surtout pas à Nina, surtout pas à maman. Se taire et enfouir, comme elle avait toujours fait.
Mais pour l'heure, le poison faisait déjà son oeuvre, détruisant lentement mais sûrement ce qu'elle avait mis si longtemps à reconstruire. Son équilibre.

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